RÉSISTER !

du 17 mars au 26 avril 2024

Hellébores, pivoines, roses, hibiscus, pensées, anémones, coquelicots, les fleurs nous subjuguent par leur délicatesse et par leur puissance vitale, par leur richesse de formes, de couleurs, de textures et de parfums. Leur pouvoir hypnotique n’a de cesse d’attirer les peintres : Bruegel, Arcimboldo, Monet, Matisse, Kelly, O’Keeffe, Klimt, Kiefer, Hirst, Cognée pour n’en citer que quelques-uns. Tous, absolument tous, sont fascinés par leur beauté et tentent de capter leurs secrets. Pourtant, dessiner ou peindre les fleurs n’est-il qu’une question d’émerveillement ? N’est-ce pas aussi une façon pour les artistes de résister à la violence et à la noirceur du monde ?
En 2002, dans sa préface de l’exposition « Dessins de plantes / Matisse – Kelly », Jean-Jacques Aillagon, alors président du centre Pompidou, citait Hegel : « La fleur c’est ce que l’histoire écrase sur son passage ». Ecraser la fleur ! C’est précisément ce que refuse l’art, qui tout au long de son histoire, n’a de cesse de la magnifier. (1)

Résister ! Jean-Marie Deroche s’inscrit dans cette veine d’artistes qui clament le charme des fleurs et écrivent une ode à la beauté du monde. Il a trouvé sa propre manière de les magnifier. Dans son jardin, dans ses promenades, il cueille leur silhouette gracile et foisonnante pour la mémoriser sur le papier ou la poser sur des fonds parfois remplis d’histoire. Affiches, travaux d’enfants, imprimés sont retravaillés pour leur offrir un écrin parfaitement adapté. Certains fonds explosent de couleurs vives, avec des rouges, des jaunes, des bleus jaillissants. Malgré leur puissance, ils sont incapables de voler le premier plan à la fleur représentée. D’autres laissent apparaître des traces de leur passé (écriture, silhouette) mais là encore, la fleur est reine, se faufile, et s’appuie sur les traits précédents, telles ces clématites ou ces glycines qui s’appuient sur les murs pour pousser. On trouve aussi de l’or pour une rose tout éclose, du beige poudré pour une délicate anémone bleue, du vert amande et velouté pour une pivoine rouge sang  en pleine floraison. Les fonds bougent, dessinent des entrelacs, brillent, scintillent, jouent de superposition, et pourtant, la fleur reste présente, visible, incontournable, vivante. Elle résiste, elle aussi…

Représenter les fleurs, c’est savoir saisir la beauté environnante et les vibrations du  temps, c’est associer l’éphémère à l’éternité, c’est offrir un concentré de vie à ceux qui les regardent, c’est résister, tout simplement !

Frédérique Paumier-Moch

(1) Jean-Jacques Aillagon, extrait de la Préface « Dessins de plantes Matisse-Kelly » : « Il rencontre en revanche un irréductible refus dans l’histoire de l’art, qui n’écrase pas la fleur, mais persiste à la magnifier. »


 

Pivoine, par Jean-Marie Deroche, huile sur toile, 20 x 20 cm  Pivoine rouge, huile sur toile, 20 x 20 cm

Anemone bleue, huile sur toile par Jean-Marie DerocheAnémone bleue, huile sur toile, 20 x 20 cm

Ibiscus, techniques mixtes sur toile, par Jean-Marie DerocheHibiscus, techniques mixtes sur toile, 170 x 95 cm

 

 

 

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